Conseils d’une anguille #1

J’inaugure une nouvelle rubrique, qui me permettra de partager de temps en temps mes différents coups de cœur liés à la culture japonaise, sans forcément m’étendre pendant des pages. Cela pourra concerner aussi bien un livre qu’un manga, un album de musique, un drama, un film ou même une exposition.

Musashi d’Eiji Yoshikawa

Musashi d’Eiji Yoshikawa est un roman intimidant au premier abord avec ses 1600 pages, mais il ne faut pas avoir peur de se lancer, c’est un roman passionnant. Il nous plonge directement en période d’Edo, et nous fait vivre le parcours d’un samouraï hors du commun, qui à force de sacrifices et de discipline tente de perfectionner son art du sabre. En menant une vie de vagabond, il fait de multiples rencontres, bienveillantes (rarement) comme malveillantes, prend sous son aile un disciple, affronte des adversaires redoutables, tout cela dans une quête de soi. Malgré cette vie compliquée, une femme ne cessera de l’aimer pendant tout ce temps…

SI l’histoire vous rappelle quelque chose, peut-être la connaissez vous à travers l’oeuvre de Takehiko Inoue et son manga Vagabond, aux sublimes dessins.

Manhattan Love Story

Changement total d’univers avec ce drama. Ici on est dans le registre de la comédie avec des personnages tous plus loufoques les uns que les autres. L’histoire se déroule dans un café, le Manhattan café, situé en face des locaux de la « Chuo TV » chaîne de télé qui produit des dramas et émissions télés débiles à la pelle. Ce détail à son importance puisque ce sont des employés de cette chaîne qui vont prendre l’habitude de se rendre tous les jours dans ce café.

Le patron du café, Tenchou, est un personnage complètement loufoque. Il est toujours habillé bien propre sur lui, avec une petite moustache du plus bel effet, et il ne prononce jamais un mot! En tout cas à voix haute, mais par contre il parle tout le temps intérieurement, en reflétant sur son visage son humeur, avec des mimiques à mourir de rire. Une grande performance d’acteur :) Et il a également la particularité d’être extrêmement curieux en écoutant les conversations de tous ses clients, et en se mêlant de leurs histoires d’amours. Enfin il est un grand passionné de café, et prépare chaque tasse avec amour, malgré le fait que ses clients semblent n’y porter aucun intérêt, à son grand désespoir.

Parmi les clients du restaurant, on trouve un professeur de danse un peu efféminé, que l’on voit de temps en temps danser de manière trop ridicule ^^ Il y a aussi une femme chauffeur de taxi, qui a pris l’habitude de venir ici et de ne jamais boire le café qui lui est servi. Il y a une présentatrice télé qui parle et agit de façon kawai, mais pas du tout naturel, etc.

Bref vous l’aurez compris, ce drama c’est du grand n’importe quoi, mais tellement drôle :)

Fullmetal Alchemist: Brotherhood

Pour une raison inconnue, j’ai toujours eu un a priori extrêmement négatif sur la série des Fullmetal Alchemist, que j’assimilais à un mauvais shonen à 2000 épisodes comme il en existe des tonnes, mais par le hasard de la vie, deux personnes m’ont conseillé de le regarder à peu près au même moment, ce que j’ai fait. Et j’ai été vraiment agréablement surpris, les dessins et animations sont jolis, l’histoire intéressante, les personnages travaillés et originaux, les doublages excellents. On reste dans un shonen, avec tous les codes du genre, mais c’est vraiment bien fait.

Un petit mot sur l’histoire qui raconte le périple de deux frères, Edward et Alphonse Elric, qui dans un pays où l’alchimie est élevée au rang de science universelle, parcourent le pays à la recherche de la légendaire pierre philosophale. Suite au décès de leur mère, les deux frères avaient tenté de la faire revenir à l’aide de l’alchimie, mais la transmutation humaine est formellement interdite et donc en plus d’échouer, ils en paieront le prix fort, avec la perte d’un bras et d’une jambe pour Elric, et la perte totale du corps pour Alphonse. Elric réussit cependant à sauver son frère en scellant son âme dans une armure. C’est donc dans le but de récupérer leur corps qu’ils partiront à la poursuite de la pierre philosophale.

HALCALI – HALCALI no Okawari

Halcali est un duo féminin de jpop à tendance hip-hop, composé d’Haruka et Yukari, d’où le nom. Je trouve cet album vraiment réussi, plein de bonne humeur. L’idéal pour se donner la pèche toute la journée. Et franchement je trouve ça assez original comme musique, ça ressemble à aucun autre groupe que je connais. J’adore la chanson Tandem. Gondola no uta, très sympa aussi, avec un accompagnement rock.

Yotsuba&!

Ce manga est une petite merveille. Quel que soit l’état dans lequel vous êtes, il est impossible de ressortir de sa lecture avec autre chose qu’un grand sourire, et un sentiment de bonheur. Ce manga devrait être remboursé par la sécurité sociale.

Cela raconte l’histoire d’une petite fille qui aménage avec son père adoptif à Tokyo, après avoir toujours vécu à la campagne. Elle va alors découvrir la vie en ville et s’émerveiller de tout et n’importe quoi. C’est pas vraiment une fille comme les autres, elle agit et parle de manière surprenante (sans le vouloir), est toujours pleine d’énergie, et décontenance la plupart de ses interlocuteurs ^^

Il s’agit d’un gag manga, mais il y a tout de même une trame de fond qui permet d’en apprendre plus sur les personnages.

Un grand coup de cœur pour ce manga!

Ikebukuro West Gate Park

« Je m’appelle Makima Makoto. Je suis sorti l’an dernier d’un lycée professionnel de mon quartier, Ikebukuro. La belle affaire. Dans ce lycée, un tiers des élèves abandonnent en cours de route. Yoshioka, de la brigade des mineurs, me disait que mon bahut, c’était un élevage de yakouzes. Bagarres, drogue, et des drôles de fréquentations.

Une fois fini le lycée, j’ai glandé. Je n’avais aucune chance de trouver un vrai travail, et je n’en cherchais pas non plus. Même pour un petit boulot j’avais la flemme. Quand les fonds devenaient trop bas, j’allais donner un coup de main à ma mère dans son magasin de fruits pour me faire un peu d’argent de poche. […] Nos voisins, ce sont des salons de massages, des magasins de vidéos X, des restaurants de viande grillée. […] Voilà, ça c’est chez moi. »

Voilà donc comment commence ce « Ikebukuro West Gate Park » de Ishida Ira.

Vous l’aurez compris, Makoto n’est pas un gros bosseur et il passe une grande partie de son temps à traîner dans les recoins d’Ikebukuro et particulièrement au square d’Ikebukuro sortie ouest. Son truc à lui, c’est de solutionner les embrouilles, avec comme seule arme son énergie et sa débrouillardise. Pas tout à fait non plus, car il a pour ami Takashi, le chef des G-boys le gang  de jeunes d’Ikebukuro.

On fait donc appel à lui pour résoudre des affaires, dont il est parfois préférable de ne pas lier la police. La traque d’un étrangleur, l’arrivée d’un nouveau gang qui compromet la paix dans le quartier, l’enlèvement du fils d’un yakouza; toutes ces histoires nous plongent dans la vie de ce quartier, et nous font découvrir à chaque fois différents aspects. Si bien qu’en sortant de la lecture de ce livre, on a vraiment l’impression de connaître ce quartier, ses gens, ses zones d’ombres. On se verrait bien assis sur un banc aux côtés de Makoto, en train de glander et observer les passants, en attendant la prochaine affaire.

Je ne vais pas vous le cacher, j’ai vraiment adoré ce livre en 3 volumes, que j’ai lus d’une traite, à raison d’une histoire par soir (Le livre est divisé en chapitres qui correspondent  chacun à une histoire différente). J’ai appris qu’il y avait également un anime et un drama adaptés du livre, mais je ne suis pas sur d’avoir envie des les voir, de peur d’être déçu. En tout cas pour ce qui est du livre, courez-y!

« Le jour où rien ne va plus, où vous en avez assez du boulot ou de l’école, venez faire un tour à Ikebukuro. Au début, ça vous demandera peut-être un peu de courage, mais desserez donc votre cravate ou le col de votre uniforme et asseyez-vous au bord des rues. Alors vous verrez apparaître un monde que vous ne soupçonniez pas. »

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

Après avoir lu un pavé de 900 pages de Kazuo Ishiguro, il faut bien le dire assez ennuyeux, j’avais besoin d’un retour aux sources. Le choix était évident, il me fallait lire un Haruki Murakami. Mon choix s’est alors porté sur « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ».

Le livre raconte l’histoire d’un jeune garçon, Hajime, qui habite avec ses parents dans une petite ville paisible de province. Dans l’école qu’il fréquente, il se lie d’amitié avec Shimamoto-san, une jeune fille un peu solitaire, très jolie et souffrant d’un léger handicap physique (elle traine légèrement la jambe). Très vite il va tomber follement amoureux d’elle. Mais suite à un déménagement de ses parents, ils vont peu à peu perdre le contact.

Hajime poursuit alors sa vie, enchaînant les expériences et les conquêtes. Et à l’aube de la quarantaine, il est maintenant un homme marié, avec deux charmantes petites filles, un travail qui lui plaît (il est responsable de deux bars de jazz), et possède une vie que l’on pourrait qualifier de parfaite. Mais il sent qu’il lui manque quelque chose dans sa vie. Puis un jour arrive Shimamoto-san qui lui rend visite dans son bar, après toutes ces années…

Comme vous l’aurez sans doute compris, il s’agit d’un livre axé sur la passion amoureuse,  les choix d’une vie. Ce roman est assez inhabituel pour Haruki Murakami, puisqu’il n’y a pas du tout de fantastique (même s’il y a malgré tout une part de mystère), et qu’il est assez court (200 pages). Il s’agit néanmoins d’un très beau livre, passionnant. Il contient probablement une part autobiographique puisque Haruki Murakami a lui-même tenu un bar de jazz pendant huit ans.

En tout cas, une chose est sûre, on ressort de ce livre avec une folle envie d’en ouvrir un autre du même auteur!

Miso Soup, de Ryû Murakami

misosoup

« Miso Soup » raconte l’histoire de Kenji, un jeune japonais de vingt ans freelance dont le job consiste à guider les touristes étrangers dans le quartier chaud de Kabukichô, à Tôkyô. Ce quartier sous l’emprise des yakuzas est célèbre pour ses bars, clubs de strip-tease, love hotels, prostituées…

C’est donc en compagnie de Frank, un touriste américain ayant loué ses services pour 3 nuits, que Kenji va arpenter ce quartier, pour satisfaire tous les fantasmes de son client. Mais petit à petit, il va se rendre compte que Frank est parfois vraiment étrange, et il va finir par acquérir la conviction que Frank est en réalité un meurtrier

Si le premier roman de Ryû Murakami « Bleu presque transparent » ne m’avait pas convaincu, celui-ci m’a en revanche vraiment captivé. L’atmosphère glauque du quartier est parfaitement retranscrite, le personnage de Frank est réellement inquiétant et l’on se sent en danger parfois à la place du narrateur (Kenji). En revanche il garde un défaut (à mon sens) qui était déjà présent dans le précédent; certains passages qui font vraiment dans le trash, l’horreur parfois à la limite du soutenable. On sent qu’il y a une volonté de choquer, de mettre le lecteur mal à l’aise, même si cela ne sert pas forcément l’histoire. Mais cela ne concerne que quelques pages, et le roman m’a dans l’ensemble beaucoup plu. Bref je vous le recommande.

Et vous qu’en avez-vous pensé?

Tokyo Sanpo

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Tokyo Sanpo, c’est un livre de dessins faits par un français ayant vécu six mois à Tokyo avec sa compagne. Mais le mieux pour présenter cette oeuvre, c’est encore de citer l’auteur, Florent Chavouet « Il vaut mieux s’amuser de l’insignifiant que de s’en éloigner. Le dépaysement, à Tokyo et au Japon en général, tient plutôt dans cet état d’éveil un peu con qui nous fait admirer un panneau de route tout simplement parce qu’il n’est pas comme chez nous, ou une étiquette de fruit parce qu’on ne comprend pas ce qui est écrit dessus« .

Il s’agit donc ici de représenter des tranches de vies, des petits détails insignifiants, dont le but, plus que de vous donner un panorama complet de Tokyo, vise avant tout à vous en faire ressentir l’atmosphère, et c’est de ce côté là très réussi! Il y a des dessins de ruelles, des portraits de gens, des petits commerces, des parcs…

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Le livre est structuré en chapitres, chacun consacré à un quartier. Pour chaque quartier, il y a un dessin de koban (ces petits commissariats de proximité) qui sont un peu le fil conducteur du livre, et un plan (dessiné, avec pleins de petites annotations rigolotes). Le livre est aussi ponctué de petites blagues, de dessins de sociologie facile, de petites anecdotes…

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Bref vous l’aurez compris, si vous êtes intéressés par le Japon (ce qui est assez probable si vous vous trouvez ici ^^), vous pouvez vous jeter dessus! C’est mon coup de coeur du moment.