Un Coq dans l’aquarium.

Bien le bonjour!! J’espère que tu ne fais pas partie des gens qui ne supportent pas les surprises, ou les changements de dernière minute, car aujourd’hui, tu vas avoir droit à un article très spécial, un Hors Série! Et pour cause, ce n’est pas le taulier habituel qui te parle, (et qui ose cet outrageant tutoiement!). Non! Aujourd’hui l’Anguille a cédé sa place au Coq, et inversement! « Qu’est-ce à dire? » « Qui me parle? » « Où suis-je? » Tant de questions que tu te poses peut-être… calme toi, je vais t’expliquer… Le temps d’une promenade dans le quartier de Dôtonbori, à Ôsaka…

Nous sommes le Samedi 25 Février 2012, et l’Anguille, que tu suis sur ce blog, et qui raconte ses voyages au Japon, est de passage à Ôsaka. Tiens? Voilà une cité qui ne m’est pas étrangère, puisque j’y vis, avec ma femme. La blogosphère des pages francophones consacrées au Japon n’est pas si étendue, alors il est possible que tu connaisses mon blog : Le Coq et le Cerisier. Si ce n’est pas le cas, laisse moi t’inviter à y passer, et si tu es de mes habitué(e)s, sache que, pour une fois, et pour des raisons techniques, les images de cet article ne seront pas accessibles en pleine résolution, désolé. Si d’aventure l’une d’elle te ferait un fond d’écran irremplaçable, un petit commentaire devrait suffire pour qu’on s’arrange, m’enfin je cois pas qu’on ait là les plus belles images que j’ai proposé… Bref! revenons à notre soirée spéciale, l’occasion pour deux blogueurs de se rencontrer et d’en faire profiter nos lecteurs, respectifs ou communs. Tu es d’ailleurs fortement encouragé à découvrir, voire comparer la version de l’Anguille sur cette page.L‘envie de l’Anguille concernant son passage ici, était donc de voir le quartier de Dôtonbori de nuit. Ce quartier situé dans la partie Sud de la ville, couramment appelée « minami » (sud en japonais), est un quartier, ou plutôt une rue très prisée des touristes, des étrangers, et des jeunes. Je ne dois entrer dans aucune de ces catégories car je déteste cet endroit. J’exagère un peu, mais disons que tout au moins, je n’y vais que lorsque j’y suis contraint. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais il faut bien reconnaitre que Ôsaka n’est pas une ville facile à vendre sur les guides, puisqu’elle demande, pour être appréciée, d’y rester, de la ressentir, de la vivre. Alors que Dôtonbori, quartier commerçant et nocturne est un petit paradis pour celui qui cherche la foule, les néons, la jeunesse, bref, ce côté aisément exportable du Japon moderne exubérant. C’est donc parfait pour nous, puisque l’Anguille n’est là que 2 jours, et que, s’il y a un lieu qui symbolise le dynamisme de Ôsaka, c’est bien Dôtonbori!Nous avons rendez-vous sur le lieu le plus célèbre de la ville, un pont qui enjambe le canal Dôtonbori. C’est là que figure le célébrissime « coureur de Glico », la marque de biscuit (style Mikado en France par exemple). Comme tu peux le voir, quand je dis « la foule », je n’invente rien. Lorsque nous nous rejoignons, toutes les lumières ne sont pas encore en route, aussi, les clichés qui suivent ont été pris un peu plus tard dans la soirée. Je ne suis même pas sûr d’être déjà venu de nuit ici, et Sakura (mon épouse) me confie à ce moment là qu’elle non plus n’est sans doute jamais venue de nuit. Et il faut bien reconnaitre que la débauche de néons sur ces quelques mètres carrés est impressionnante, comme en témoigne le visage de ma dulcinée.

Je repère assez aisément notre Anguille préférée, qui ne passe pas inaperçue au milieu des petits nippons, et nous commençons à échanger sur le mode « alors ton voyage se passe bien? » « Oui oui c’est super » et autres banalités. Nous ne nous faisons pas attendre non plus pour prendre quelques clichés des alentours. J’en profite ici pour te rassurer sur un point important : non, je n’ai pas mangé l’auteur de ce blog pour lui prendre sa place, il sera de retour dès le prochain article, ne t’en fais pas, au cas où le principe de notre petit échange n’ait pas été clair!

Le problème de Dôtonbori, outre la foule et le bruit, c’est qu’il ne s’agit que d’une rue et d’un pont. Autrement dit, difficile de faire des photos variées. J’ai bien tenté les classiques noir et blanc brut :

Et même les irremplaçables reflets dans l’eau (je te laisse chercher la berge) :

Alors je propose à notre hôte de se promener dans le quartier adjacent, que l’on appelle America-mura (Ame-mura pour les intimes, comprend le village Américain). C’est une partie de la ville consacrée surtout à des boutiques de vêtement, et où flotte une ambiance plus occidentale qu’à l’accoutumée. Musique forte qui s’échappe des magasins grands ouverts sur la rue, fresques murales, voire tags etc. Pour rejoindre Ame-mura, nous passons devant un des buildings les plus étranges que je connaisse : le Namba H!PS.

Ce complexe de loisirs à l’architecture improbable intègre au cœur de son corps, non seulement un mur d’escalade (pourquoi pas??) mais aussi un manège à sensation qui te permets de descendre 60 mètres en 3 secondes… Très peu pour moi merci! Je vais me contenter d’observer ses changements de couleurs. Du jaune au vert, en passant par le violet et le rose fuchsia, je bloque mes deux compères pour obtenir des clichés de 3 couleurs précises. Lesquelles? Voyons, je suis expatrié mais je n’en suis pas moins Français!

Une fois que j’ai obtenu ce que je voulais, nous entrons dans de petites rues sombres, et tout en discutant, je tente de mener notre voyageur  dans des endroits sympas. Malheureusement, difficile de trouver, sur commande LE truc typique, puisque, je le rappelle, je n’aime pas ce quartier, et donc n’y viens que rarement, et encore moins la nuit. Alors nous faisons ce que je fais de mieux, nous déambulons à l’aveuglette, laissant derrière nous les affiches publicitaire géantes.

Nous voici donc dans un décors beaucoup plus sobre, comme cette shotengai (galerie commerciale généralement couverte et omniprésente au Japon) qui a la particularité d’être à ciel ouvert. Enfin je ne sais pas si on peut parler de particularité, toujours est-il que j’ignorais qu’on puisse appeler shotengai une rue commerçante non couverte, mais c’est pourtant bien ce qu’indiquent les enfilades de petits panneaux verts et blancs :

Les coins plus reculés comme ici sont l’occasion de s’arrêter devant des détails que la plupart du temps on ne remarque même pas, ou du moins, qu’on ne juge pas dignes de produire une photo intéressante. J’ai bâti mon blog sur l’idée que ce sont ces images là qui font qu’on apprend quelque chose. Alors bien sûr, souvent ce n’est rien de transcendant, mais ce soir là, en nous baladant juste à côté de la foule, j’ai noté :

Un restaurant qui accueille ses clients avec un tapis de pétales de roses.

Un coin de rue avec son marchant de Takoyaki. Tellement simple, mais ô combien plus représentatif de ma ville que le coureur de Glico!

Une devanture de restaurant qui n’est pas sans me rappeler mon pseudonyme (l’Anguille a trouvé aussi une restau marqué « unagi », peut-être a-t-il gardé cette photo pour son article?)

Ou encore cette façade à deux ronds… C’est bête mais moi ça m’interpelle et ça suffit à me faire prendre une image. Un peu plus loin, c’est un hôtel aux contours lumineux, comme une vitrine de Noël qui me fera m’arrêter.

En fait, je suis capable de m’arrêter pour un peu n’importe quoi, il faut bien l’avouer.

Et puis, tout à coup, sans prévenir, dans une ruelle sans lumière, un petit temple surgit. Ah! Bein voilà quelque chose qui va produire de la photo intéressante, me dis-je…

Mouais… bon bah finalement non, il est pas si joli que ça… On verra ce que l’Anguille, en aura tiré, moi je tente un petit noir et blanc sur l' »arbre » à omikuji, à moitié plein, mais qui a plutôt l’air à moitié vide…

Pas si mal. Juste à côté du temple, un stand de Takoyaki, cette spécialité et fierté d’Ôsaka. Des boules de pâte renfermant une crème et un petit morceau de poulpe. Notre globe trotteur n’en a mangé qu’en France, me dit-il, ce qui me fait bondir de stupeur, et frémir à l’idée qu’on puisse savourer ce plat autrement qu’à Ôsaka, dans la rue, en se cramant la langue. Hop! Une boîte de 8 pour l’apéro!

J‘avais une image savoureuse du taulier de ce blog en train de se débattre avec un Takoyaki, mais il m’a fait promettre de ne rien poster de compromettant pour lui, alors tu devras faire appel à ton imagination. Je ris, mais de nous trois, c’est moi qui ai le plus galéré à mangé mes boulettes, en poussant de hauts cris entrecoupés de souffles pour tenter de refroidir la boulette dans ma bouche, sans pouvoir dire autre chose que « huuuf huuuuf chuuuuu »… Tout ça sous les regards des lampadaires, comme celui sur l’image ci-dessus. Tout le quartier est affublé de personnages comme celui-ci, tous dans des positions différentes. Et puisqu’on parle de la rue, laisse moi te montrer le coin de rue où nous avons dégusté nos takoyaki, si tu regardes bien au pied du mur, tu devrais trouver mes deux compères.

Tu peux constater que ce n’est pas le type de décoration d’immeuble qu’on trouve souvent au Japon. En face de nous (ici à gauche sur la photo), une boutique de fringues aux « presque couleurs » de la Jamaïque, côte à côte avec un bâtiment à l’inspiration des maisons Louisianes ou quelque chose comme ça…

Une fois nos Takoyaki avalés, il est temps de se mettre à la recherche d’un izakaya, un restaurant. Nous repassons par Dôtonbori (pour nos photos de néons que tu as déjà vu), et déambulons à la recherche d’une gargote appétissante. Ce n’est pas ce qui manque à Ôsaka, encore moins dans ce quartier, mais nous voulons quelque chose que l’Anguille n’a pas encore testé. Quand tout à coup, nous croisons la route d’un drôle de banc de poissons rouges…

L‘endroit s’appelle 水魚之喜 (suigyo no yorokobi : soit à peu près les plaisirs de la mer et des poissons), et il nous interpelle. Nous réservons donc une table et devons patienter une trentaine de minutes, le temps d’un autre petit tour dans les parages, pour voir le théâtre de Kabuki, fermé malheureusement, mais qui rappelle que la ville a toujours été la figure de proue de la culture, à l’instar de notre voisine Kyôto.

Puis, c’est enfin l’heure de passer à table…

Laisse moi te décrire l’ambiance, en quelques mots. Il fait excessivement chaud. Ici chaque table a son foyer pour préparer ses plats et griller ses poissons comme il l’entend. C’est aussi très tamisé. Les murs sont noirs, les spots tracent leur sillon dans la fumée qui monte des tables voisines. Nous avons évidemment retiré nos chaussure et sommes assis à une table sous laquelle il y a un trou pour nos jambes. Ça sent déjà bon, et j’ai grand faim.

En face de moi, hors de la petite salle dans laquelle nous sommes, j’observe les cuisiniers qui vont et viennent face aux clients assis au comptoir. Toujours avide de faire découvrir des choses à notre voyageur préféré, nous commandons un Umeshu en apéritif, un vin de prune dont je raffole. Il arrive en même temps que le petit amuse gueule qui diffère selon chaque restaurant, voire chaque jour.

J‘ai parlé de la chaleur et du foyer au centre de la table. Il renferme des braises, et un serveur ne tarde pas à venir nous en ajouter des bien neuves, bien chaudes, histoire d’augmenter un peu la température…

La chaleur aidant, notre vin de prune s’évapore drôlement vite, et nous voici contraints et forcés de passer au sake chaud, l’atsukan. Et à ce propos, je constate qu’on mélange encore bien trop souvent sake et… tout et n’importe quoi. Je m’en vais donc préciser un chouille de quoi on parle, ou plutôt de quoi on ne parle pas. Si quand tu entends « sake » tu penses « femme nue au fond d’un verre » et « ça déboucherait un chiotte », sache qu’on t’as menti!! Cet alcool à base de gingembre est chinois. Dans la longue tradition des croyances erronées, on avait déjà quelques exemples… Alors, non le Fuji-san ne s’est jamais prononcé Fuji-yama, les Geisha n’ont jamais été des prostituées, on ne dort pas dans les trains parce qu’on est harassés par le travail mais parce qu’on peut le faire, les « daims » de Nara sont des cerfs (cervus nippons, ou cerfs shika de leur nom commun) et le sake est un terme aussi générique que « vin » puisqu’il veut dire « alcool de riz ».

L‘atsukan qui nous occupe est donc un sake que l’on boit à table, en général autour des 13 degrés d’alcool. Dans ce restaurant, nous le faisons chauffer nous même, pour le déguster exactement à notre goût. On nous amène les récipients, nous les plaçons sur les braises, et surveillons le thermomètre.

Pas le temps de s’impatienter, nous avons tout juste reposé le menu que les premiers plats arrivent.

Je ne vais pas te faire le détail, mais je pense que rien qu’à voir les images, tu te douteras qu’on n’a pas mal mangé!

Je ne sais pas si tu as déjà mangé une noix de Saint Jacques en la faisant cuire comme ça sur les braises, dans son jus, avec un petit corail, mais ça envoie du lourd!

Comme souvent quand j’ai le ventre plein de bonnes choses, je suis extrêmement content de me trouver là où je suis. La douce lumière au dessus de nos tête est très apaisante, et contrastée avec la foule de Dôtonbori, je ne peux que l’apprécier encore davantage.

La soirée passe si vite, il est déjà bientôt l’heure de laisser partir notre voyageur, il a encore du chemin! Alors nous finissons tranquillement, je parcours les photos qu’il a déjà prises, mais je ne m’y attarde pas trop, j’ai déjà hâte de les découvrir ici même.

Nos voisins sont déjà partis, à notre tour de rentrer, et de passer de l’autre côté du miroir, celui de la narration sur le blog, celui du partage.

C‘est la deuxième fois que mon chemin croise celui d’un autre blogueur, et je dois dire que j’adore l’idée. Je remercie donc chaleureusement l’Anguille d’être passé nous voir, et de nous avoir accordé de son temps. Je te remercie toi aussi, lecteur, que tu sois de ses fidèles ou des miens, j’espère que notre échange de blogs temporaire te permettra de découvrir encore autre chose, ou, tout au moins, que cela t’aura amusé comme cela nous a amusé de mettre en place ces articles « hors série »! Merci d’avoir tout lu, l’Anguille peut maintenant témoigner que mon caractère expansif et bavard n’est pas réservé qu’à mes articles, et que je suis comme ça aussi en chair et en plumes. L’avantage, ici, c’est que tu peux éteindre ton ordi! Et surtout, n’oublie pas d’aller voir et de comparer avec la version de ton Anguille préférée!

A bientôt, ici ou là!

12 réflexions au sujet de « Un Coq dans l’aquarium. »

  1. Ping : Une Anguille dans le poulailler « Le Coq et le Cerisier : la suite.

    • Merci d’être venu lire les deux versions, moi j’adore la photo du portail ‘Dôtonbori’, où la seule chose qui diffère sur nos deux photos est la place de la voiture :) Nous avons vraiment rédigé nos article indépendamment, alors c’est vraiment amusant à comparer. En tout cas nous sommes bien contents de ce petit jeu :)

    • Merci :)
      C’est vrai que c’est assez amusant, à partir des mêmes choses vues, on a finalement un regard assez différent. Bon il y a quand même pas mal de similitudes, mais quand même.

  2. Quel bon moment de convivialité vous avez dû passer ensemble en faisant cuire vos aliments!
    J’adore les couleurs, les formes des récipients, les braises et les poissons rouges!
    Un tapis de pétales de rose pour accueillir ses clients… Tiens,tiens! Ton oeil les a vu! Charmant, n’est-ce pas?
    Mais sais-tu, mon Ami, ce qui m’émeut dans tout ça?
    Oui, exactement, votre rencontre!
    Deux êtres que je trouve exceptionnels et que je respecte profondément!
    Au fait, n’oublies pas d’aller admirer les fleurs des cerisiers du Palais de La Monnaie de Ôsaka.
    Ces arbres sont magnifiques en période de floraison et l’entrée dans les jardins autorisée et gratuite à ce moment là.
    Salue Sakura de ma part et merci encore pour cette formule si originale d’échange d’adresse ;)

    • Merci Beaucoup de ces chaleureux commentaires (oui j’ai lu les deux ^^), comme à l’accoutumée!
      Effectivement il y a quelque chose que je trouve assez amusant dans la possibilité de rencontre un « inconnu » par le seul point commun de la lecture respective de nos blogs sur internet. Partage-t-on plus en vraie? Pas nécessairement, mais on partage autre chose, et c’est bien de le faire quand on le peut.
      L’idée d’en faire un « cross-over » sur les deux versions internet de nos personnes s’imposait donc d’elle même :) Content que l’effet recherché soit atteint!

    • Oui c’était sympa, mes vêtements s’en souviennent encore avec toute cette fumée ^^
      (et merci pour le commentaire sur l’autre article)

  3. Bonjour Mr Coq ^__^
    On dirait que tu t’es perdu en route :D
    Non, je reconnais que l’idée est excellente et j’ai plaisir à te lire où que tu sois, c’est comme ça; On est fan ou on ne l’est pas !!

    Dans tous les cas, on voit que vous avez passé une agréable soirée et je m’excuse pour l’Anguille mais tes photos sont les meilleures x)
    /me s’en va poster chez Mr Coq maintenant …

  4. Huhuhu je vois que ma plus fidèle lectrice, et commentatrice (savais-tu que tu détiens le record absolu sur mon blog? Loin devant les autres), n’a pas raté l’occasion de commenter ici aussi! Merci beaucoup pour les compliments sur la qualité de mes photos, même si tout ça reste très subjectif :), et d’être venu jusqu’ici, j’en profite pour réellement te recommander de suivre l’Anguille car il a l’art de distiller ses comptes rendus, souvent très détaillés et instructifs tout au long de l’année.
    Quant à nous on se retrouve bientôt de l’autre côté, comme d’habitude :)

    • C’est amusant comme le monde est finalement petit. Dommage que la rencontre n’ai pas eu lieu.
      Malheureusement pour l’anguille, l’horizon est bien lointain, habitant à Paris. Mais pour le coq, c’est déjà bien plus probable :)

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