La douce mélancolie de l’enka

L’enka est un style de musique populaire japonaise datant de l’ère Showa (1926-1989). Il s’agit d’un style de musique mélancolique et nostalgique, aussi bien musicalement que par les thèmes abordés. L’enka est fortement attaché à la culture japonaise traditionnelle et véhicule souvent l’image d’un Japon traditionnel idéalisé ou romancé. On y parle souvent de la nostalgie du village natal « furusato », qu’il a fallu quitter pour s’installer en ville. Bien sur les thèmes de la perte, de la solitude, d’un amour perdu ou naissant font aussi parti des grands classiques.

Musicalement l’enka se caractérise par un rythme lent, des accompagnements qui peuvent parfois se faire aux instruments japonais traditionnels comme le shamisen ou le shakuhachi. Mais c’est la voix du chanteur ou de la chanteuse qui est la plus caractéristique de ce style de musique. Celle-ci est basée sur une gamme pentatonique (même si certains artistes peuvent prendre parfois des libertés), et peut fluctuer de manière irrégulière sur une même syllabe, un peu comme un vibrato. L’enka est parfois qualifié de « blues japonais« .

De par l’attachement à la tradition, les chanteuses d’enka sont toujours habillées en kimono traditionnels, et les hommes en smoking classe ou en habit traditionnel.

La reine incontestée de l’enka est Misora Hibari, qui a débuté sa carrière peu après la fin de la guerre en 1949. Elle a enregistrée 1200 chansons et vendu 68 millions de disques de son vivant!  Une chanson que j’aime beaucoup s’appelle « Ai Sansan »:

Durant la même période, Hachiro Kasuga a connu lui aussi un grand succès avec son single « Otomi-san » [お富さん]. Mais c’est « Wakare no Ippon-sugi » [別れの一本杉] qui est considéré comme sa première chanson d’enka.

Les années 70 voient surgir Keiko Fuji, qui est désignée comme l’héritère de Misora Hibari. Le genre va cependant s’essouffler à la fin des années 70 avec l’arrivée de la pop, même si spontanément certains artistes arrivent à faire d’énormes ventes. Et en 1989 avec la mort de Misora Hibari, et en 1991 avec la mort de Hachiro Kasuga, l’enka est en deuil et en toute petite forme.

Il faut attendre les années 2000 pour voir un renouveau du genre avec l’arrivée de jeunes chanteurs, et notament l’arrivée de Kiyoshi Hikawa, surnommé très vite le « prince de l’enka ». Grâce à sa jeunesse, en s’habillant volontiers normalement,  il va réussir à moderniser l’image de l’enka.

En 2008, un autre phénomène voit le jour avec Jero, un chanteur afro-américain, de 28 ans. C’est sa grand-mère, d’origine japonaise qui l’a initié au genre. C’est donc avec une grande curiosité et un grand étonnement que les japonais ont vu l’arrivée de ce chanteur, très loin des stéréotypes du genre. Même si cela reste anecdotique, force est de constater qu’il a participé à l’évolution de l’image de l’enka.

Enfin signalons aussi Yuki Maeda, une jeune chanteuse d’enka que j’aime beaucoup :)

お富さん

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